Vu qu’il fait froid à Oslo et que hier j’ai passé 4h30 à marcher le long de la rivière de nuit (c’était génial, y avait pleins de bougies), j’étais bien inspirée pour vous pondre une histoire qui parle plus de neiges éternelles que de cocotiers. En plus premier jour de l’automne, donc autant parler d’hiver. Logique.

 

Les neiges sont éternelles et les royaumes presque sans été, remplis de rennes et de forêts. Soleil de minuit et lumières boréales. Au nord du monde et à sa limite, tout est blanc et silence.

Le cœur des montagnes protège une vallée. L’Homme s’y est installé, y pêche, y élève des rennes et y vit avec la nature. Une dizaine de peuples nomades pour une seule capitale ou tous retournent. La forteresse de la souveraine des étendues gelées.

Trésor inestimable, fragment d’été, pouvoir et chaleur au milieu des glaciers. Disparu.

« Le cœur des montagnes a été volé. Nos peuples sont en péril. Sans lui, la capitale et sa forteresse vont peu à peu être recouverts par le gel et disparaître. C’est notre survie même qui est maintenant en danger. Les jours nous sont comptés, il nous faut retrouver la pierre qui apporte l’été.

« C’est pourquoi, moi votre reine, ai décidé d’envoyer mes deux filles à sa recherche. Nhéa, tu partiras trouver les elfes des glaces. Ils connaissent chaque recoin de la montagne et savent tout ce qui s’y passent. Cléa, tu tentera de suivre la piste laissée par le voleur avant que la neige ne la recouvre complètement.

« Nous devons préserver la forteresse du froid le plus longtemps possible et mes filles accomplissent leur mission. Nous lutterons contre le froid et attendront leur retour. Nous survivrons.

Nhéa est partie rencontrer les elfes des glaces. Cléa a suivit la piste du voleur.

Nhéa est arrivée au village des elfes des glaces. Ils comptaient leurs morts et reconstruisaient leurs maisons. Un monstre blanc descendu de la montagne les a attaqué et massacrés puis s’est enfoncé dans la tempête et a disparu. Ils ne savent pas ce qui est arrivé au cœur des montagnes mais les murmures des glaciers se font plus inquiétants que jamais. Le danger qui plane sur la montagne est plus grand que le plus froid des blizzards. Trois elfes doivent partir visiter d’autres habitants des neiges, Nhéa les accompagne.

Cléa a perdu la piste du voleur dans la tempête. Les montagnes lui renvoient les échos des grondements du vent. Ou est-ce quelque monstrueuse créature? Le froid imprègne tout son être et ses forces la quittent. Mais quelqu’un se tient là sans bouger au milieu des bourrasques. Il prend la main de Cléa et la porte sur son dos dans la tempête. Un immense loup la réchauffe et l’emmène plus loin encore dans les étendues glacées et le froid des montagnes.

Le village des Hommes-neige est paisible ce matin. Hier la tempête les a tous forcés à se cacher dans leurs petites maisons rondes pour ne pas être dispersés par le vent. Mais aujourd’hui le soleil brille et la neige se pare de ses plus beaux atours. La petite princesse frigorifiée va mieux. Les Hommes-neiges n’ont pas pu lui offrir un repas chaud mais seulement un abri contre la tempête. C’est celui qui l’a sauvée qui est allé chasser et a cuit la viande. Il ne parle pas. Mais il comprend. On dirait qu’il a le même âge que la petite princesse.

Le village des Hommes-neige n’est plus paisible. L’autre petite princesse est arrivée avec ses nouveaux amis elfes. Les deux petites princesses étaient heureuses de se retrouver mais les elfes ont vu celui qui se tenait seul au milieu de la tempête. Est-ce lui qui a tué leurs amis et leurs familles? Ils l’ont attaqué, il a fuit avec la première petite princesse sur son dos, solidement agrippée à ses bois de renne.

C’est lui, c’est le Changeforme.

Cléa s’est agrippée aux bois de son nouvel ami. Il s’est arrêté dès que leurs poursuivants ont été hors de vue. Elle lui a dit qu’elle cherchait le voleur du cœur des montagnes. Il a souri et lui a montré du doigt la grotte, là-bas. Il s’est transformé et elle est montée sur son dos. Ils sont partis vers là-bas.

Nhéa a suivit les elfes aussi vite que ses jambes d’humaine le lui permettaient, elle doit sauver sa sœur. Elle ne peut plus courir. Les elfes se sont arrêtés, ils attendent qu’elle reprenne son souffle et suive la piste laissée par le Changeforme. Ils continuent.

Cléa est entrée dans la grotte d’un pas hésitant, le vieil ermite a bondi en brandissant un champignon. Il ne dit rien de censé mais sa voix rauque répète inlassablement que le cœur des montagne doit retourner d’où il vient. Il doit être fou de penser que le voler était la solution. Mais aujourd’hui il ne l’a plus.

Nhéa se dépêche car chaque seconde compte, elle en est certaine. Mais la neige est fine sous ses pas, et les elfes légers ne l’ont pas brisée. Elle tombe, elle roule et ne voit plus que du blanc. Quand elle se relève, les elfes sont autour d’elle. Et la neige bouge.

Et un rugissement inhumain retentit dans les montagnes.

L’ours est gigantesque. Il a d’étrange bois de cerfs qui lui sortent du corps. Il rugit comme si sa faim était telle qu’il pourrait dévorer l’univers. Les elfes des glaces sont terrifiés. Nhéa aussi. Elle se relève lentement alors que l’ours se tourne vers eux. Il les attaque. Ils sont impuissants.

Le loup gigantesque dévale la montagne. Il s’ébroue et Cléa tombe dans la neige. A peine a-t-elle touché le sol qu’il se jette sur l’ours gueule et crocs en avant. Ils tombent à la renverse et plongent leurs dents dans leurs chairs. Il y a des fleurs rouges qui s’ouvrent sur la neige.

Le vacarme est tel que Nhéa se bouche les oreilles en tremblant. Cléa fixe le combat comme si son regard pouvait aider le loup à triompher. Elle peine à le distinguer dans l’amas de fourrure et de crocs et de hurlements animaux.

Et puis soudain, un grognement d’agonie. Le silence.

L’ours est étendu sur la neige, le loup à ses cotés. L’ours disparait et il ne reste qu’un morceau de pierre là où le monstre gisait dans son sang.

Le Changeforme le prend dans sa main. Il enfonce son autre main dans sa poitrine et en sort un morceau de pierre encore battant. Alors, comme les deux pièces d’un puzzle séparées juste un instant auparavant, il joint les deux morceaux. Il caresse tendrement le cœur des montagnes et, tout doucement, le replace entre ses deux poumons, juste un peu à gauche, bien à l’abri dans sa cage thoracique.

Les petites princesses ont retrouvé le cœur des montagnes, mais il bat.

Lorsque le soleil s’est levé, le vieil ermite fou portait le cœur des montagnes dans ses bras. Et il courait vers sa tanière.

Lorsque le soleil s’est levé une deuxième fois, le cœur de la montagne est tombé. Et il s’est brisé sur un rocher.

Lorsque le soleil s’est levé une troisième fois, le plus gros fragment a rencontré un lemming. Et le plus petit un ours.

Alors le plus gros fragment est devenu lemming et s’est fait tuer par un loup. Alors il est devenu loup et a chassé un renne. Puis il a vu les Hommes et est reparti dans la montagne.

Alors le plus petit fragment est devenu ours et a dévoré l’ours. Il a chassé tant de rennes pour apaiser sa faim. Mais il ne l’a jamais calmée et a continué à ravager.

Depuis, chaque fragment cherche l’autre pour redevenir un. Guidés par le bruit et le fracas de leur présence.

Aujourd’hui, la vallée est sauvée, le cœur des montagnes y est revenu.

Et un Changeforme vit dans le palais. Petit à petit, il apprend à parler. Il aide les petites princesses et les emmène en balade dans les étendues glacées sur son dos de fourrure. De temps en temps, comme surgis de nulle part ou du ciel, les souvenirs d’une autre vie lui reviennent. Une vie d’Homme et de magie, floue et entêtante comme un rêve oublié.

Mais ça, ce sera pour une autre fois.

 

 

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4 thoughts on “Conte des Neiges

    1. Les photos sont d’Alaska et de Norvège. Et la première a été prise depuis l’Aneto, dans les Pyrénées donc. Le photographe.

    1. Hi! Thank you for your support! I’ve been kinda busy last weeks and it will continue until the end of the semester. Sorry. But don’t worry the tremendous writings will come back!

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