La Geste du Sixième Royaume est un roman de fantasy qui revisite les codes et bouleverse les habitudes des lecteurs amadoués au combo elfes-nains-dragons. Il y en toujours, oui, mais pas vraiment comme on les attend. C’est un pavé délicieux qui renouvèle le genre pour notre plus grand plaisir.

Adrien Thomas gagne le prix Imaginales 2012 avec ce premier roman. Il en a écrit deux autres depuis dont un se passant dans le même univers, La Maison des Mages. La version poche du bouquin fait 700 pages, autant dire que ça occupera quelques soirées. À moins que, comme moi, vous ne puissiez pas vous arrêter et y passiez la nuit.

On peut résumer ce livre de deux manières. À première vue, deux groupes d’élus s’affrontent avec leurs armées, chacun au service d’une entité supérieure dans un gigantesque combat bien manichéen. Mais en fait c’est beaucoup mieux que ça. On a des élus, on a deux camps, on a deux entités millénaires, mais le combat est loin d’être manichéen. Les élus déjà, ils sont tellement différents les uns les autres (autant en ce qui concerne leur physique que leur caractère) et leurs armées constituées de peuples si éloignés et différents d’eux qu’ils sont loin de constituer un ensemble uni. C’est rarement les idéaux de les camps qui les motivent, mes des valeurs différentes qui les rapprochent, des combats personnels et une foule de choses bien éloignées du combat millénaire pour lequel on les a choisis. Il va d’ailleurs leur falloir du temps pour ne faire qu’accepter leur mission dans cette guerre qui les dépasse. Mais ils sont attachants, on les aime et on les soutiens. Même si on distingue un camp des « gentils » vers lequel la balance a tendance à nous faire pencher, les méchants sont loin d’être des créatures abjectes et on en vient à éprouver de la sympathie pour eux aussi. En fait, leur seule différence est l’entité pour laquelle ils se battent. L’Autre dirige les peuples humains des cinq royaumes, il représente le progrès. Au centre des royaumes humains, il y a la grande forêt, le Sixième royaume pour lequel se battent les élus au service du Père, incarnation de la nature. Les eux idéaux se veulent et même si on préfère souvent soutenir la geste du Sixième royaume, il ne faut pas oublier que la nature, c’est aussi la survie du plus fort, la violence et l’insécurité pour les faibles, un monde où la notion d’honneur n’existe pas. Il y a deux camps, mais il n’y a pas de bon et de mal pour les différencier, les deux se valent au final.

La narration se fait via de nombreux personnages différents, chaque chapitre annonce le nom de celui qui nous montrera l’histoire depuis son point de vue souvent différent de celui des autres. L’auteur arrive à démêler ce nœud de voix parfois opposées en nous y habituant petit à petit. L’ensemble est fluide et bien plus riche qu’une narration unique. En écho à cette diversité de narrateurs, le monde qui s’étale à la lecture foisonne de peuples et de paysages que parfois tout sépare. Avec le détournement des codes classiques de la fantasy, on redécouvre les personnages auxquels on est habitués via un angle nouveau et souvent bien surprenant. À cela s’ajoute une multitude d’autres peuples qui s’inscrivent parfaitement dans ce monde fourmillant et varié. C’est un livre avec de belles descriptions qui sont autant de détails croustillants.

Ce roman qui s’oppose brillamment à la banalisation de la fantasy, prend les stéréotypes du genre à revers et ne cesse de surprendre le lecteur dans sa façon de revisiter les schémas classiques (spécialement le cas des dragons). C’est un régal qui permet de passer un excellent moment avec revisite de la fantasy en prime. Jusqu’à la toute fin, il est impossible de savoir quel camp va triompher et c’est ce qui fait tout le piquant de l’aventure. Sans gentils, on a pas de happy end obligatoire, alors le suspense reste et ne disparaît qu’une fois la dernière page tournée.

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