Suite et fin des aventures d’Œdipe. Œdipe Roi de Sophocle date du 5° siècle avant JC (Jean-Christophe pour les intimes). C’est une tragédie et, petite précision, pour les grecs une tragédie n’est pas forcément triste! Grande découverte! Révélation! J’explique. La distinction entre tragédie et comédie date de la période classique avec Racine, Molière et tous leurs copains. Avant, une œuvre dramatique (d’ailleurs ça veut juste dire théâtrale aussi) c’était quasi toujours une tragédie puisque le terme vient du mot tragos qui désigne le bouc. Bouc que l’on sacrifiait lors des fêtes dédiées au dieux (et y en avait un paquet) où on jouait des tragédies. La boucle est bouclée, le bouc est oublié. Bref, la pièce qui nous intéresse reprend le mythe d’Œdipe et raconte des événements se déroulant des années après les ceux du mythe. Les deux se mélangent d’ailleurs pas mal. Mais avant de foncer tête baissée dans ce bazar, un petit état des lieux s’impose.

Nous avons laissés Œdipe assassin de son père et marié avec sa mère (mais il ignore que ce sont ses parents), roi de Thèbes et papa de 4 enfants. Pour rappel, le papa d’Œdipe s’appelle Laïos, sa maman et épouse s’appelle Jocaste. Jocaste est la sœur de Créon, donc Créon est à la fois l’oncle et le beau-frère d’Œdipe. Les fils d’Œdipe et Jocaste sont Étéocle et Polynice. Leurs filles sont Antigone et Ismène. Les parents adoptifs d’Œdipe sont Polybe et sa femme Mérope. En passant on croisera aussi le devin aveugle Tirésias. Vous suivez? Non? Schéma.

On peut y aller, résumé avec des vrais bouts de tragédie dedans. La peste est sur Thèbes donc le roi Œdipe envoie son beau-frère Créon voir l’oracle de Delphes pour avoir une solution. La Pythie répond que la peste s’abat sur Thèbes à cause du meurtre non résolu de Laïos. Là Œdipe nous fait une belle tirade très ironique étant donné que nous on sait ce qui s’est passé (autrement dit qu’il est le meurtrier) : Je maudis le meurtrier inconnu, qu’il ai commis ce crime seul ou que plusieurs l’aient aidé. Que le malheur consume sa vie! Que je souffre moi-même les maux que mes imprécations appellent sur lui, si je le reçois volontairement dans mes demeures! On appelle ça l’ironie tragique, et je trouve ça drôle. Mais je suis mauvaise parfois. En gros, le gars se maudit lui-même sans le savoir, j’adore la Grèce Antique.

Œdipe demande à voir le devin aveugle Tirésias (aveugle pasque devin) pour trouver le meurtrier. Tirésias veut pas dire qui c’est, Œdipe le force, Tirésias dit à Œdipe que c’est lui. Et là ça part en cacahuète. Œdipe y croit pas et accuse Tirésias de complot avec Créon pour lui prendre le trône. Comme il s’inquiète quand même un peu, il va en parler avec Jocaste. Et là, qu’est ce qu’elle lui sort? la science de la divination ne peut rien prévoir des choses humaines. Et pour lui prouver, elle lui raconte comment le fils qu’elle a eu avec Laïos aurait du tuer son père mais qu’ils l’ont tué et Laïos est mort après, tué par des voleurs sur un chemin. Donc les divinations, c’est comme l’horoscope, ça marche pas en vrai. Chéri, n’en ai nul soucis. Autre bel exemple d’ironie tragique non?

Sur ce, un serviteur de Corinthe arrive pour annoncer la mort de Polybe (la papa adoptif d’Œdipe). Là Œdipe est complètement rassuré, la prédiction qui le menaçait n’a pas eu lieu et il exulte carrément : Ah! ah! femme, pourquoi s’inquièterait-on encore des autels fatidiques de Pythô (la Pythie), ou des oiseaux criant dans l’air (lire l’avenir dans le vol des oiseaux c’était assez à la mode aussi, on les retrouve par exemple dans le mythe de Remus et Romulus), et par lesquels je devrais tuer mon père? Voici qu’il est mort et enfermé sous terre, et moi, qui suis ici, je ne l’ai point frappé de l’épée! Et alors qu’Œdipe est tout content de la mort de papa, le serviteur lui dit, ben non, c’est pas ton père puisque c’est moi qui t’ai trouvé les pieds cloués! Révélation!

Donc là c’est le drame, Jocaste s’enfuit et se pend dans son lit (ou un truc du genre) avec la belle phrase qui va bien : Et elle pleura sur ce lit où, deux fois malheureuse, elle eu un mari d’un mari, et d’un fils conçu des enfants. Ça veut dire qu’elle est malheureuse pasque une fois elle a enfanté celui qui allait être son mari de son mari, et une autre fois elle a enfanté de son propre enfant. La tournure de phrase est sympa. Œdipe lui se crève les yeux pour ne plus voir son crime et se tape un ptit monologue, puis il part en exil guidé par sa fille Antigone. Fin de la pièce.

Ce qu’il faut comprendre de cette pièce (outre que tuer son papa et faire des bébés avec sa maman c’est mal), c’est encore et toujours le problème de l’hybris. Elle est ici humaine, passive (Œdipe est pas conscient de ses conneries) et différée (malédiction du papa se répercute sur le fils). Mais c’est toujours une question d’hybris! Pour reprendre la maxime du temple de Delphes (celui de la Pythie) « Connais-toi toi-même » (ou gnotis eoton pour faire classe), il faut connaître sa place pour agir en fonction. Sauf qu’Œdipe ne se connaissais pas lui-même, donc il ne connaissais pas sa place, donc il a fait de la merde. Du coup en croyant fuir sa malédiction, il l’a en fait précipitée. C’est la fatalité tragique qu’on retrouve aussi chez Racine avec Phèdre par exemple.

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