J’ai acheté Punk Rock Jesus aux Utopiales de 2014 juste avant la remise des prix du meilleur album de SF de cette 5e édition des Utopiales de Nantes (un festival génial dont je vous reparlerai). Et ben il a gagné. Comme quoi j’ai du flair! En vrai c’est juste le nom et la couverture qui m’ont plu, mais j’étais heureuse de découvrir que le reste était génial aussi.

Sean Murphy a travaillé 10 ans pour nous donner ce bijou bien sale de punk et de violence. Son dessin en noir et blanc au trais vifs et anguleux rend parfaitement toute la violence de l’histoire. On a même parfois l’impression qu’il surcharge l’image de traits énervés comme pour s’acharner dessus. Les thèmes sont ceux qui fâchent avec la religion au premier rang, mais aussi le pouvoir de l’argent, des médias, le terrorisme et enfin le punk et la famille. Dans une escalade de violence qui emporte les personnages sans qu’ils ne puissent plus s’arrêter, Sean Murphy nous raconte une fable moderne de rébellion totale contre la religion.

Le projet J2, avec à sa tête Slate, est une émission de télé-réalité qui veut filmer la vie de Jésus Christ, en le clonant. La troisième venue du sauveur est annoncée dans les eaux internationales près des US. Le bébé nommé Chris grandit sous le regard avide des caméras et d’une Amérique subjuguée. Mais l’expérience tourne rapidement au cauchemar en fournissant aux téléspectateurs leur quota de sensations et de voyeurisme au mépris des vies humaines des habitants de l’île de J2. Et puis le petit clone de Jésus devient grand et l’ado découvre le punk. La révolution est en marche, pour le meilleur mais surtout le pire.

Au milieu de ce maelström, difficile de donner un personnage principal. Il n’y en a pas en vérité puisque l’histoire ce concentre sur tous les membres de J2 qui gravitent autour de Chris : Chris lui-même, sa mère, Slate, Thomas le chef de la sécurité et ex-membre de l’IRA, la scientifique et responsable du clonage, sa fille Rebekah etc. Mais on peut tout de même noter Thomas comme tout droit sorti de Sin City, le seul dont on aura accès à son passé, un personnage profond et fouillé, en quête de rédemption. Il prend peu à peu de la place jusqu’à devenir la pièce maîtresse du récit.

La première lecture est aussi excitante que tendue tant l’histoire est menée tambour battant. C’est un concentré de violence qui montre à quel point notre monde moderne est capable d’atrocité, comment le drame amène le drame. Mais surtout, c’est la rébellion punk d’une jeunesse débridée qui rêve de foutre un grand coup de pied dans la fourmilière. La progression du personnage de Chris est superbe, elle se déroule devant nous avec tout son panache et sa connerie d’ado irresponsable. C’est un petit génie avec un QI de 185 qui refuse le système en place et l’obscurantisme religieux, et un provocateur puéril qui ne sait pas s’arrêter. C’est ça qui fait tout le personnage, c’est un vrai sale gosse au fond. Il oublie parfois ceux qui l’entourent, ne croit qu’à ce qu’il veut, ne fait que ce qu’il veut, un vrai punk, mais le plus connu au monde.

Ce qui fait le plus de bien à la lecture, outre cette débauche de violence contre la connerie du monde, c’est justement cette énergie révolutionnaire qui anime Chris. Cet idéalisme fait du bien, comme une grande bouffée d’air frais dans une société qui s’enfonce vers ce qu’elle a de pire. D’un point de vue tout à fait personnel, que c’est bon tout ce bordel pour changer le monde!

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